Le manteau de Gerumsberger

Si vous êtes un lecteur régulier de ce blog, vous savez que la passion du filage m’a conduite à suivre un BPREA pour découvrir l’élevage des moutons. J’ai appris à faire de la fibre un fil puis du fil comment élever ce noble animal. Mais il me reste bel et bien une autre connexion à faire… Très naturellement, je souhaite connaitre d’où nous vient ce savoir, comment il a été exploité par les Hommes au fil des siècles et des cultures.

C’est pour cette raison que j’ai décidé de partager mes découvertes sur ce blog, en espérant que mes lectures vous émerveilleront également. La laine est un sujet tellement vaste, qu’il est difficile de savoir par quel bout le prendre… Ne soyons pas scolaire, prenons là par le morceau qui se présentera. Ce blog prend donc une nouvelle direction, j’espère que vous serez toujours du voyage !

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous faire remonter très très loin dans le temps à une époque que nous serions bien en peine d’imaginer. Le néolithique. L’époque de bronze plus précisément. Les premières images qui vous sont peut être venues, sont celles d’hommes émergeant d’une période très primitive, formant des outils, apprenant à gérer des cultures… Il s’avère que ces Hommes ne sont pas si loins de nous.

C’est du moins ce qu’Erik Rydberg va nous faire réaliser dans l’histoire que je vais vous raconter. J’espère qu’elle ne sera pas ponctuée d’erreurs car les sources françaises sont quasi inexistantes et les traductions sur internet parfois un peu cavalières.

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Cela se déroule en Suède à Hjortamossen sur le plateau de Gerum dans la province de Västergotland, en 1920. Erik Rydberg travaille avec trois autre hommes dans la montagne. C’est une zone où se trouve de nombreuses tourbières. Il raconte qu’en déplaçant des rochers après avoir creusé à presque 1mètre50, ils ont trouvé sous une pierre plate un étrange paquet marron.  Il s’avère, en dépliant l’objet qu’il s’agit d’un manteau. Ils pensent à celui de la reine Margaretas qui est au coeur de nombreuses légendes à ce sujet mais le vêtement est bien plus ancien…

Son piteux états poussent les hommes à se moquer d’Erik qui souhaite le ramener chez lui. Il faut dire que le vêtement non seulement troué et également imbibé d’eau. A tel point, qu’il faudra des semaines, suspendu dans le garage de l’homme, pour que le manteau sèche. Non sans attirer quelques curieux, venus eux-aussi émettre quelques théories sur son histoire.

Il faut dire qu’à cette époque, il n’est pas facile de trouver un spécialiste pour examiner le manteau. Erik se tourne vers un musée local, fait jouer des connaissances de son père, soldat. Finalement ensembles, ils se décident à solliciter directement Stockholm.

Bingo ! Ils obtiennent aussitôt une réponse. Ces derniers prennent le soin d’examiner les végétaux emprisonnés dans la fibre du vêtement. Ils font des relevès sur place, comparent avec d’autres régions à la typographie similaire. Ils saluent au passage l’attention d’Erik de ne pas avoir « lavé » le manteau. C’est, en effet, grâce à des particules de pollen que la datation pourra être faite.

Le verdict tombe… Le manteau de Gerum a été réalisé il y a 3 500 ans. Parfaitement conservé dans la tourbe et sous la profondeur de la terre.  Mais ce qui est le plus étonnant, c’est qu’il s’agit d’un tissage sergé à chevrons, sans envers ni endroi, d’un seul tenant, réalisé avec deux laines de couleurs différentes formant une armure nécessitant un métier à plusieurs cadres. Métier que l’on peine encore aujourd’hui à imaginer en observant ce tissage… Était-ce une réalisation locale ? Difficile à dire. La perfection de sa réalisation ne cadre pas avec des trouvailles Danoises au style similaire. Le manteau évoque plutôt un savoir-faire méditerranéen relançant les débats sur les échanges commerciaux à l’âge de bronze.

Son envergure de 2,48 mètres et la régularité de son motif force à l’admiration. Concernant la fibre, il semblerait qu’il s’agisse d’un mélange de laine de mouton mais également de poils de cerfs et de chevreuils.Le fil est un célibataire mais celui qui sert de lisière sur la bordure est un deux brins.

Le manteau pourrait avoir été volontairement placé sous cette pierre en signe d’offrande à des divinités. C’est du moins une théorie avancée par certains anthropologues.

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Quant à Erik et ses amis, ils seront finalement remercié avec la somme modeste de 500 dollars à se partager. Après tout, leur découverte n’est jamais qu’un bout de tissu…

Pourtant, je ne doute pas qu’en le regardant vous serez aussi bouleversé que moi. C’est d’ailleurs pour cela, que mon histoire s’arrête ici. Le reste va se passer entre cette photographie et votre amour de la laine.

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Il existe un autre article sur sa réalisation mais le langage est très technique et je ne fais pas trop confiance aux traducteurs en ligne. Cependant si vous maitrisez le Suédois et que vous souhaitez en savoir plus : C’est ici .

Mes sources :

Revue critique d’histoire et de littérature / publiée sous la direction de MM. P. Meyer, Ch. Morel, G. Paris, H. Zotenberg

L’Anthropologie / paraissant… sous la direction de MM. Cartailhac, Hamy, Topinard

http://historiska.se/

Histoire technique et morale du vêtement – Maguelonne Toussaint (une vraie bible que je citerai souvent)

 

2 commentaires sur “Le manteau de Gerumsberger

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  1. Incroyable cette découverte ! Merci pour cet article, comme tu le dis tout est bon quand on aime la laine !
    et surtout quand c’est passionnant !
    On a échangé 2 mots au Lot et la Laine, je suis d’autant plus ravie de te lire !
    A bientôt !

    Aimé par 1 personne

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